Et voilà, Bétancourt est libre. C'est le dénouement d'un immense mouvement de tabassage médiatico-politique pour nous faire partager le destin et surtout l'intimité (!) de cette famille modèle de la grande bourgeoisie internationale. C'est la fin d'une incroyable mise en scène, remplie de messages d'amour purulents : un bon feuilleton comme on les aime, mais en vrai ! Et pas de chichis, on s'appelle par le prénom. Avec dans le rôle des enfants niais et doucereux Lorenzo, l'imberbe, et Mélanie, la pleureuse. Deux emblèmes parfaits de sciences Po Paris et du syncrétisme mondial, de la bonne conscience, de l'innocence virginale. Ajoutons à cela un grand renfort de "mon doux Lorenzo", "ma petite maman (chérie ? Guy Moquet ?)", "pas un jour où je ne pense à toi", une maladie qui rajoute un soupçon de suspense et de dramatique, un mari divorcé mais toujours là pour elle, une mère faussement émue jusqu'aux larmes de synthèse. Les personnages présentés, rendus attachants, il ne manquait plus que la promotion de la série en 6 saisons !
Et là, pendant que j'écris avec passion ces quelques lignes, Lorenzo, Sarkozy, Hollande, Bayrou une déferlante de larmes de crocodile et de récupération politique. PPDDA, recyclé sur LCI (merci le développement durable) vient de dire à l'instant : "on est tellement rassuré". ON ? Les médias, les politiques, les groupes de pression ? Mon cher Watson, nous sommes en face d'une magnifique diversion pour nos esprits, d'un cas d'école de faux problème.
Encore un exemple de pression sur les médias qui s'offre à notre sagacité et à notre esprit critique. Prenons un instant de la distance. Mettons en relation l'importance de l'affaire (humainement tragique, mais insignifiante par rapport à la machine à broyer qu'est le monde) par rapport à la couverture médiatique.
Mais réfléchissons avec nos quelques neurones. Pourquoi cette femme qui n'est qu'une otage parmi tant d'autres a-t-elle obtenu l'immense privilège de recouvrir nos façades de mairies, d'occuper 5 min à chaque JT, de permettre a certains dirigeants de s'occuper et d'avoir l'opportunité de se balader dans la jungle ?
Sur internet, on évoque ses liens avec l'Oréal, le passé trouble de sa famille mais peu importe. J'aimerais bien être autant ressortissant français qu'Ingrid Bétancourt. Mais j'en doute, il doit y avoir deux types d'humains, ceux qui ont plein d'argent et de pouvoir et les autres.
Prochainement j'irai parler au peuple français pour lui dire que j'ai eu mon année. Malheureusement je n'aurai pas la même voix horripilante de sainte nitouche ni tout le vocabulaire mielleux de Mélanie.